David Nogueira, diacre permanent et son épouse Isabelle


« Si tu savais le don de Dieu » : La parole de Jésus à la Samaritaine (Jn 4, 10) m’a saisi un dimanche, alors que j’étais parti acheter un poulet !

Quelles sont vos professions et la composition de votre famille ?

David et Isabelle Nogueira

David :Je suis professeur d’histoire-géographie dans le 6e arrondissement ; Isabelle est chef d’établissement et professeur à mi-temps en CP à Saint-Jean-de- Montmartre dans le 18e arrondissement de Paris. Nous avons deux fils, Benjamin et Jérémie, âgés respectivement de 18 et 14 ans.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours de foi ?

Isabelle : Nous avons un peu tout fait à l’envers... (rires). Nous nous sommes connus en 1987, au lycée, et nous nous sommes mariés civilement en 1999 après avoir vécu ensemble, sans éprouver à cette époque le besoin de se donner le sacrement de mariage.

David : Éloigné de la foi, je suis pourtant rentré dans l’église Saint-Jean-Baptistede- Belleville, avec mon fils dans la poussette, un dimanche de 2002.
Interpellé par un prêtre animant un groupe de partage, je reçois en plein coeur cette question : « Qu’est-ce que le don de Dieu pour toi ? Ton enfant ? ».
À ce moment-là, intérieurement je vivais des phases inexplicables d’angoisse alors que tout me souriait. Cette parole m’a bouleversé. J’ai senti alors l’amour lumineux et inconditionnel de Dieu, sa miséricorde et ma faim spirituelle dévorante qui m’a conduit les mois suivants à courir d’église en église.
Le Père Éric Morin, alors curé de cette paroisse, nous a accueillis comme « recommençants », c’est-à-dire là où nous en étions sur notre chemin. Il nous a proposé de rejoindre l’équipe de préparation au baptême. Ce fut une expérience inoubliable qui a été l’occasion d’une croissance spirituelle en couple.

Quels ont été les eets de cette foi renaissante ?

David : Nous avons fait baptiser notre premier enfant en 2002 à Notre-Dame-de-Lourdes, paroisse de notre secteur, et nous nous y sommes mariés religieusement en 2003. La Vierge Marie commençait à nous faire sentir discrètement sa présence.

Isabelle : Désormais éclairés par la foi, nous comprenions la beauté du chemin sacramentel proposé par l’Eglise. En 2004, nous avons eu un deuxième enfant, Jérémie.

Vous avez connu une grande épreuve avec votre fils Jérémie, pouvez-vous nous la raconter ?

David : Jérémie a été diagnostiqué à 5 ans d’un cancer du système nerveux au grade maximal. Ce fut le début d’une série d’essais cliniques à l’Institut Curie qui échouaient les uns après les autres. Mais, aussi fou que cela puisse paraître, nous étions confiants car sa maladie s’était en quelque sorte figée depuis un pèlerinage à Lourdes, le dimanche de la Miséricorde cette année-là.

Quels soutiens avez-vous reçus ?

David : Les grâces ont été à la hauteur de l’épreuve. Nous avons été soutenus par la paroisse de l’Immaculée Conception dans le 12e, en particulier par le Père Hervé Géniteau. Sa présence paternelle à nos côtés a été précieuse. Nous avons découvert la puissance de la communion de prière : notre fils allait de mieux en mieux, et ceci de façon incompréhensible.

Isabelle : Nous nous sommes sentis plongés dans la confiance et l’amour de Dieu ! A une collègue qui se révoltait contre la maladie de Jérémie en s’exclamant “cela n’est pas juste !”, j’ai répondu que ce n’était pas le Seigneur qui voulait cela. Mais c’était Lui justement qui nous aidait à traverser cette épreuve !

Quelle a été la place de la Vierge Marie à vos côtés ?

Isabelle : Tout son parcours d’enfant malade a été jalonné de dates mariales qui furent pour nous des petites lumières sur le chemin d’une rémission inexplicable pour les médecins. Puis les métastases ont commencé à disparaître. On lui a retiré son cathéter un 12 septembre, fête du Saint nom de Marie. La Vierge Marie a constamment été à nos côtés, c’est comme si elle nous avait pris par la main !

Quand avez-vous reçu un appel au diaconat ? Dans quelles circonstances ?

David Nogueira dressant l'autel

David : À la sortie de la messe, en 2014, à l’église de l’Immaculée Conception dont nous étions devenus paroissiens, le Père Benoît Bourgoin, qui en était le chaleureux curé, m’a pris à part et m’a demandé : « Avez-vous déjà réfléchi au diaconat ? »

Votre épouse et vos enfants ont-ils été associés à votre décision ?

David : La semaine suivante, nous partions en famille à Lourdes en pèlerinage paroissial : une belle occasion de demander à la Sainte Vierge ce qu’elle en pensait. C’est là-bas aussi que j’ai consulté mon fils aîné dont la réaction a été pure joie : « Le Seigneur t’appelle, fonce papa ; tu as tout : tu as maman, tu nous as, nous ».

Votre réponse a-t-elle été rapide ?

Isabelle : Nous avons répondu très vite à cet appel car nous étions dans une grande confiance. Il n’y a pas eu de combat spirituel, la légère inquiétude des commencements est passée très vite. Nous avons quasi immédiatement porté un regard de foi sur cet appel. Je savais que le sacrement du mariage serait toujours premier.

David : Nous avons donc entamé ensemble la période de discernement et de formation. Les épouses sont accueillies et pleinement engagées elles aussi dans ce processus de décision. Toute cette période se caractérise par la très grande liberté dont bénéficient les époux avant de prendre leur décision. À tout moment ils peuvent renoncer.

Quelle a été la réaction de votre entourage familial et professionnel ?

David : Ma mère a accueilli cette nouvelle avec étonnement et circonspection. On ne sait pas trop ce qu’est un diacre dans le diocèse espagnol d’où est originaire ma famille. L’appel au diaconat est rendu public après l’admission o•cielle en fin de 3e année. La discrétion et le secret sont de mise tout au long des trois années de discernement, afin de rester libre dans son choix.

Avez-vous reçu une formation diaconale ?

David Nogueira lors de la célébration eucharistique

David : La première année de discernement, nous rencontrons des diacres accompagnés de leur épouse qui témoignent de leur mission dans le diaconat et de leur vie conjugale. Nous sommes aussi formés aux sacrements et à la liturgie. En 2e et 3e année, nous sommes appelés à approfondir notre connaissance des Saintes Ecritures grâce aux cours publics des Bernardins.

Un accompagnement spirituel en vue d’un discernement ?

David : Parallèlement, nous vivions un accompagnement spirituel chacun de notre côté, avec les Pères Thierry Laurent et Bruno Guespereau. Leur écoute et leurs conseils furent également une véritable grâce pour chacun de nous. Nous devions manifester chaque année notre volonté de continuer, tandis que l’autorité ecclésiale discernait elle aussi de son côté sur l’opportunité pour nous de poursuivre le chemin. Mon engagement pendant 11 ans et jusqu’en 2013 au sein de la Conférence Saint-Vincent- de-Paul du Haut-Ménilmontant, m’a permis de découvrir la joie du service aux plus démunis dans une vraie fraternité.

Quelle est la mission principale d’un diacre ?

David : Le diacre est avant tout un serviteur discret, ajusté aux situations qui se présentent à lui et e•cace. Il doit être attentif. Enseignant dans un lycée professionnel à des apprentis cuisiniers et serveurs, je m’inspire de leur attitude en service. Présents quand il le faut, toujours discrets et sachant s’effacer au bon moment.
celui qui y est appelé. Cet appel, nous le recevons et nous essayons de l’investir et de l’assumer pardelà nos limites et nos faiblesses. Le Christ passe à travers tout cela. Il me réconforte quand je lis ses paroles : « Je connais ceux que j’ai choisis » (Jn 13, 18). Nous sommes un instrument entre ses mains. Il nous appartient de ne jamais faire écran au Christ. Nous sommes des transmetteurs. Il ne faut jamais l’oublier.

Isabelle : Le diacre est dans « l’être » plus que dans le « faire ». À l’origine néanmoins, les diacres avaient la mission de préparer et o–rir des repas aux femmes tombées dans la précarité en raison de leur veuvage. Ils assuraient le service de la table. Les prêtres, celui de la Parole.

Quand avez-vous été ordonné diacre ?

David : Paris, jour de fête de Notre Dame du Rosaire. Encore un signe de la présence maternelle de la Vierge Marie. Marqué par la spiritualité de Saint Louis-Marie Grignion de Monfort, j’ai choisi pour mon ordination la parole de la Vierge aux serviteurs à Cana : « Faites tout ce qu’ Il vous dira » (Jn 2, 5).

Concrètement quelles activités avez-vous ?

David : Mon entrée dans le ministère s’est faite tout en douceur lors de la première année. Je devais d’abord m’immerger dans la liturgie, entrer dans ce nouveau rapport avec les paroissiens tout en continuant de travailler et d’assumer le quotidien d’un père de famille. Ma première grande joie a été de servir le Seigneur avec mes fils à l’autel.
Cette année, je suis devenu membre de l’aumônerie de l’hôpital Trousseau et j’e–ectue des visites auprès des enfants grands brûlés ; j’accompagne leurs parents dans leur terrible épreuve.
Cet été, j’ai été invité par le diacre aumônier de la prison de Perpignan à une célébration qui m’a bouleversé. J’ai senti, au contact de tous ces détenus, l’amour débordant de Jésus pour eux. J’ai été tellement marqué par cette expérience que j’y suis retourné récemment.

Quelle est la symbolique de l’étole ?

David : C’est le signe visible du Seigneur. On vénère cette étole avant de la mettre et de la retirer, comme on le fait avec l’Évangile après l’avoir lu à la messe. À Paris on porte l’étole byzantine1, pour se distinguer des diacres en vue du sacerdoce qui portent l’étole romaine. Revêtir l’étole, c’est revêtir le Christ serviteur auquel nous sommes configurés pour toujours par le sacrement de l’ordre.

Isabelle, comment vivez-vous l’engagement de David ? Y a-t-il une fécondité entre mariage et diaconat ?

Isabelle : Notre couple a grandi par l’épreuve et dans ce cheminement de l’appel au diaconat. C’est un chemin de sanctification pour les époux. Un chemin de confiance mutuelle.


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