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Père Franck Derville : À l’hôpital, on sait pourquoi on est là !

Père Franck Derville

Aumônier de l’hôpital Cochin-Port Royal, le père Franck Derville nous reçoit dans le bureau qui jouxte l’établissement de santé. Depuis douze ans, il est en mission à l’hôpital et rencontre ceux qui ne sont pas venus le solliciter mais qui sont heureux de le trouver.

père Franck Derville donnant la communion à une malade

En quoi consiste la mission d’aumônier au sein d’un établissement public ?

La loi de 1905 prévoit que la République assure la liberté de conscience et, à ce titre, elle garantit le libre exercice des cultes dans les lieux comme l’hôpital, la prison ou au sein des forces armées. Pour cela elle organise et prend en charge des services d’aumônerie catholique, protestante, israélite, musulmane, et plus récemment bouddhiste. Pour le culte catholique, il y a dans certains hôpitaux des chapelles affectées que nous animons.

Qu’est-ce qu’une aumônerie d’hôpital et comment fonctionne l’équipe ?

C’est un service de l’hôpital à part entière. L’aumônier est recruté par l’hôpital sur présentation par son autorité cultuelle. Nous faisons partie du personnel hospitalier et recevons une formation spécifique. Nous exerçons notre mission en lien avec les équipes soignantes dans le respect de leur travail, ce qui nous a permis d’être présents tout le temps en période de Covid-19.

À Cochin, nous sommes quatre – deux laïcs, un prêtre adjoint, moi-même – secondés par une vingtaine de bénévoles pour les visites. Un badge de l’hôpital nous identifie comme membre de l’aumônerie. Notre mission a une triple dimension : humaine, dans le lien d’amitié que nous établissons avec le patient ; spirituelle avec le questionnement sur le sens de la vie ; et cultuelle, avec la vie sacramentelle – eucharistie, baptêmes, sacrements des malades, réconciliation. En maternité, nous avons rôle important d’écoute et d’accompagnement des familles, par exemple lors des grossesses à risque ou lors de décès d’enfants grands prématurés. On rencontre aussi à l’hôpital toutes les difficultés de la vie, avec l’accueil de personnes en grande précarité ou sans domicile.

Quel lien avec la direction de l’hôpital ?

Nous dépendons de la direction de la qualité et des droits du patient et nous rendons compte de notre activité. Il y a une bonne relation avec la direction, ce qui nous montre qu’on a un rôle reconnu. Pour ma part cela fait douze ans que j’assure la mission.

Y a-t-il une particularité ici à Cochin-Port Royal ?

C’est en taille le deuxième site hospitalier après la Pitié-Salpêtrière. L’établissement hospitalier a été fondé en 1780 par l’abbé Jean-Denis Cochin, alors curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. A l’époque on exploitait des carrières toutes proches et des ouvriers souffraient d’affections pulmonaires, d’où la présence d’une spécialité de pneumologie. Passé à la Révolution sous contrôle de la Ville, Cochin s’est agrandi en absorbant d’autres établissements. Aujourd’hui Port-Royal est une maternité de référence pour l’Ile-de-France. Les patients de Cochin viennent de partout, de Paris et sa région bien sûr, mais aussi d’Outre-mer et de l’étranger.

En quoi vos visites aux malades se démarquent-elles d’une visite ordinaire ?

Les patients savent qu’on est là, qui nous sommes, et qui on représente. Nous sommes simplement à l’écoute, différents des proches ou du corps médical ; on écoute la personne en la laissant toujours libre, sans pression, sans volonté… Une visite peut déboucher sur une prière ou non. On n’a jamais de projet sur une personne. Ici on n’évangélise pas, on essaie de vivre l’Évangile !

père Franck Derville baptisant une malade

Peut-on résumer votre mission à une forme de compagnonnage, c’est-à-dire à une marche au rythme de la personne rencontrée ?

Il s’agit d’aider la personne à faire son chemin avec ce qu’elle est, avec ses ressources morales et spirituelles, et à vivre le chemin de la vérité et de la vie. À l’hôpital on est dans une logique de moyens, et non de résultats comme dans le monde économique. On peut être confronté à des questions éthiques, des décisions difficiles à prendre. Il faut alors savoir écouter, s’abstenir de paroles abruptes et moralisantes. Je cite souvent ce qu’écrit saint Paul apôtre à Philémon (v14) : « Je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers ». On ne peut jamais contraindre à faire le bien.

Pouvez-vous revenir sur l’accueil que vous faites aux jeunes en année de propédeutique à la MSA, pour leur permettre de consolider leur discernement ?

Ils sont accueillis ici dans le cadre de leur année de discernement. Beaucoup ne connaissent pas l’hôpital : ici on n’idéalise pas, on est dans le concret des situations, et chacun est renvoyé à lui-même. J’ai le souvenir d’un jeune propédeute qui a découvert, au cours d’une visite à un patient, que le sacerdoce n’était finalement pas son appel.

Lors de la période de Covid-19, qu’avez-vous observé ?

Tout d’abord un bel élan d’adaptation de l’hôpital avec la mise en place du “Plan Blanc” – qui mobilise les hôpitaux dans les situations de crise – pour se préparer à accueillir les patients. J’ai vu aussi le manque de moyens. On a senti une certaine inquiétude devant le côté irrationnel de cette maladie inconnue, de son mode de transmission. De notre côté, les bénévoles de l’aumônerie, à l’instar des familles, n’ont plus été autorisés à visiter les malades. Par contre, avec mes adjointes, nous avons toujours pu avoir accès aux patients. Nous avons décidé de garder la chapelle ouverte et de célébrer l’eucharistie. Quelques soignants étaient heureux de venir. Bien entendu, nous avons manifesté notre présence à la chambre mortuaire, surtout auprès de familles empêchées d’avoir des célébrations d’obsèques à l’église.

En quoi la solitude, l’absence de visites, la perspective de mourir seul ont-elles modifié le rapport à la mort, à Dieu ?

Un jour, on nous a signalé dans un service un patient dont c’était l’anniversaire. Sa femme ne pouvait se rendre à son chevet. Nous sommes allés régulièrement lui porter la communion, le soutenir. Quelques heures avant son décès, sa femme a enfin été autorisée à venir. Il est mort paisiblement. Les soignantsnous ont témoigné que, depuis nos visites, il ne réclamait plus de mourir. Un autre soir j’ai été appelé auprès d’une femme atteinte du Covid-19, pour lui donner l’onction en fin de vie. J’ai senti combien c’était un soulagement pour sa famille de savoir qu’elle avait été accompagnée d’une prière, et pas seulement sur le plan médical, aussi bon soit-il.

Au fond qu’est-ce que cette crise a changé ?

D’abord, la pandémie n’est pas terminée, il y a toujours une grande vigilance. Des choses vont devoir bouger sur la manière de gérer les hôpitaux. Le personnel soignant a montré un bel esprit de corps, et il a aujourd’hui des attentes.

Avez-vous toujours pu délivrer le sacrement des malades ?

Oui, et les soignants m’ont toujours bien accueilli. Un matin, je suis appelé aux urgences pour un patient âgé. On attendait le résultat du test Covid-19, qui s’avéra ensuite positif. Son épouse, à laquelle on venait d’indiquer qu’il ne supporterait pas l’intubation, était sans illusion. J’ai profité de sa présence auprès de lui pour donner l’onction des malades. Contre toute attente, cet homme a pu guérir et rentrer chez lui.

Y-a-t-il une recette pour ne pas se laisser « emparer » par un accompagnement lourd ?

Tout prêtre peut être confronté à des histoires lourdes. Il faut savoir être proche tout en gardant une distance pour rester dans l’écoute. C’est la même chose pour nos laïcs visiteurs. Aussi, nous avons chaque jour la messe, et l’offertoire est un moment important où l’on exprime les intentions confiées ou les personnes pour qui prier. Dans les situations de fin de vie, on touche à ce qui peut être vécu comme un échec pour la médecine mais pour le chrétien la mort est un passage, une pâque ; c’est un achèvement ici-bas, mais la vie continue.

père Franck Derville lisant la Bible

À l’heure où les durées d’hospitalisation diminuent, quels relais existent entre l’aumônerie de l’hôpital et la paroisse du malade ?

La difficulté, c’est que les patients changent souvent d’établissement avant de rentrer chez eux, et nous sommes tenus par le secret médical. Il faut développer les relais localement avec les familles, densifier le tissu autour du malade. Un projet est en cours sur le diocèse de Paris, avec la proposition de nommer dans les paroisses un délégué santé dont ce sera la mission. Le soin des malades est un charisme de la vie chrétienne et chacun peut le déployer.

Avez-vous un exemple à raconter où vous avez aidé un malade à discerner ce qui n’était pas essentiel pour se tourner vers ce qui l’était ?

Aidé, je ne sais pas, c’est le secret des cœurs ! Mais j’en ai souvent été témoin. Je songe à un homme qui avait professionnellement évolué dans des milieux anticléricaux. Sa maladie fut l’occasion pour lui d’un retour, paisible et lumineux, vers le Seigneur. Il a voulu garder la plus extrême discrétion sur sa conversion, qui n’a été connue que de ses enfants.

Qu’est-ce que cette mission vous apprend sur la souffrance humaine ?

À l’hôpital on soigne la douleur. La souffrance, Dieu est venu l’habiter ! « Que les prêtres ne parlent pas de la souffrance, ils ne savent pas ce que c’est », disait le cardinal Veuillot.

En quoi cette proximité avec la souffrance façonne-t-elle votre cœur d’homme et votre cœur de prêtre ?

Je me souviens des propos du Père Golfier, ancien vicaire épiscopal pour la Santé. Quelques temps après le début de ma mission en hôpital, il me demanda si je m’y plaisais. À ma réponse positive il ajouta : « Oui, on s’y sent vraiment prêtre ! ». Cette remarque m’est restée, et les années ne l’ont pas démenti. C’est là qu’on est confronté à l’essentiel, au sens profond du sacerdoce. Je ne l’avais pas imaginé avant qu’on me le propose, et j’ai le sentiment d’avoir tout reçu.

 

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