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Se donner : d'un coup ou à petit feu ?

Arnaud Beltrame

Arnaud Beltrame, Cédric de Pierrepont, Yann Chagnoleau… Un gendarme, un commando, un sauveteur en mer. Leurs noms étaient parfaitement inconnus des Français. Mais ça, c’était avant. Avant que des tragédies surviennent et les mettent en pleine lumière. Ces hommes ont ceci de commun qu’ils ont tous accepté de donner leur vie pour en sauver d’autres

A chaque drame, notre pays réalise qu’il existe dans nos villes et nos casernes des hommes prêts à tout.

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On médite sur leur engagement, on découvre aussi la simplicité de leurs vies et, faut-il le souligner, la modestie de leurs salaires. Les sauveteurs en mer sont même des bénévoles !

Les croyants se souviennent de cette phrase du Christ dans l’Évangile : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Mais, finalement, quelle est l’attitude la plus facile ? Tout donner d’un coup, brutalement, ou s’offrir peu à peu, dans le temps, lentement mais sûrement ? Se faire trancher la gorge en un instant, en donnant le témoignage suprême – comme le père Hamel – ou bien se donner à petit feu, au fil du temps, dans des décennies de fidélité et de don de soi-même ?

Agredi et sustinere

La distinction a déjà été faite par un théologien prestigieux. Dans son œuvre, saint Thomas d’Aquin distingue deux aspects de la vertu de courage : l’agredi (qui pourrait se traduire par « agresser ») et le sustinere (qui se traduirait par « tenir bon »). Le premier est un principe actif qui génère l’attaque, dans une audace qui suscite l’admiration. Le second consiste à rester ferme au milieu des dangers, en contrôlant crainte et affolement avec sang-froid. S’il fallait illustrer ce propos, on pourrait le comparer aux soldats de la guerre de 14-18 : l’agredi serait le courage du « poilu » bondissant de sa tranchée pour partir à l’assaut des lignes ennemies malgré les mitrailleuses et les barbelés. Le sustinere serait plutôt le courage du même soldat, cette fois-ci tapi au fond de la tranchée, qui attend la relève et tient bon depuis des jours sous les bombes et les attaques au gaz, sans boire ni manger.

Ces deux attitudes sont très héroïques. Leur seule différence est leur empreinte dans le temps. Mais saint Thomas affirme pourtant que l’acte de tenir est plus excellent que celui d’« agresser » car il est plus difficile de rester ferme devant un danger présent que face à un danger qui s’annonce. Or, celui qui tient bon dans le danger le vit comme quelque chose de présent, tandis que celui qui « agresse » se dirige vers le danger comme quelque chose à venir. Par ailleurs, tenir bon exige une certaine durée dans le temps, alors qu’agresser est un acte qui peut s’accomplir très rapidement, et il est clair qu’il est plus difficile de résister longtemps face au danger.

Être fidèle au quotidien

Cette conclusion devrait plaire à tous ceux qui se dévouent humblement chaque jour dans ce qu’on pourrait appeler le martyre du quotidien. Nos existences en sont remplies. Nous connaissons tous des bénévoles engagés dans des associations, des visiteurs de prisons, d’hôpitaux, des personnes qui donnent du temps et de l’énergie pour les autres, de façon très ordinaire, souvent loin des projecteurs, des micros et des caméras. N’est-elle pas héroïque l’aide-soignante qui prend soin du malade avec délicatesse et respect, répétant à l’infini les mêmes gestes ?

N’est-il pas héroïque l’éducateur qui reprend et corrige sans jamais se décourager ? L’athlète qui s’entraîne par tous les temps ? Ne sont-ils pas héroïques les étudiants qui font bénévolement du soutien scolaire en plus de préparer des examens ou des concours ? Tous qui s’engagent dans des maraudes, des associations humanitaires ou de scoutisme ?

La liste pourrait être longue. Et tant mieux.

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Mais il faut aller plus loin. N’est-ce pas tout autant héroïque de rester fidèle à ses engagements, dans le mariage par exemple, malgré les tempêtes et les difficultés ? N’est-il pas plus facile de s’aimer quand on a vingt ans et toute l’existence devant soi, qu’après cinquante ans de vie commune, aux jours plus difficiles de la vieillesse, lorsqu’on est dépendants et fatigués ? On met volontiers en avant les jeunes prêtres ou les jeunes novices au jour de leur consécration pour l’éternité. Mais la vie consacrée connaît aussi ses heures sombres, ses moments de joie et ses périodes de difficulté.

À « Ma Maison » de Versailles, l’établissement pour personnes âgées tenu par les Petites Sœurs des Pauvres, sœur Cécile vient de célébrer ses 70 ans de vie consacrée. À bientôt 94 ans, elle se lève encore à 6h30 chaque matin pour chanter les Laudes avec ses sœurs… N’est-il pas là aussi, cet héroïsme, dans l’humble fidélité à des vœux prononcés à l’âge de 22 ans ?

Le secret d’une vie avec le Seigneur ? « Il faut rester connectée » dit-elle ; « si on se déconnecte, ça refroidit et on reste seul. S’il n’est pas entretenu, l’idéal finit toujours par s’user ».

Donner sa vie jusqu’au bout

Ceux qui ont été capables de faire l’offrande de leur vie brutalement sont presque toujours des personnes qui se sont déjà données bien avant, au fil du temps. Comme si les circonstances tragiques de leur mort n’avaient été que la confirmation de leur vie donnée au quotidien, dans l’ordinaire de la vie.

Dans le camp d’Auschwitz, lorsqu’il propose d’échanger sa vie contre celle d’un prisonnier père de famille, parce qu’il est simple prêtre et célibataire, saint Maximilien Kolbe ratifie le don de lui-même qu’il a fait des années auparavant. Il donne sa vie en ce jour d’août 1941, mais il l’avait déjà fait bien avant, prostré au sol le jour de son ordination puis, « au goutte à goutte », dans son sacerdoce et sa vie consacrée.

Que nous soyons consacrés ou pas, l’école de la vie est l’école du don de soi jusqu’au bout. À l’image d’un Dieu qui aime, sans jamais renoncer ni se résigner. Car il est le Dieu fidèle. Éternellement.

Extrait du magazine Vocations n°205

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