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« Notre voix porte parce qu’elle est à contre-courant »

Mgr Aupetit

Le 27 juin prochain, sept séminaristes seront ordonnés prêtres pour le diocèse de Paris. À quelques jours de ce grand rendez-vous diocésain, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, prend la parole pour redéfinir le sens du sacerdoce dans notre monde contemporain.

Mgr Michel Aupetit

Paris Notre-Dame – Le 27 juin prochain, sept ordinands seront ordonnés à St-Sulpice (6e). Sans cathédrale, sans peuple de Dieu, avec un nombre restreint de proches. Un dépouillement difficile à vivre ?

Mgr Michel Aupetit – J’ai rencontré un par un ces ordinands afin de savoir comment ils vivaient cette situation et ce qu’ils souhaitaient. Tous ont préféré être ordonnés ensemble. C’est un beau signe de l’unité du presbyterium. Mais si eux sont impactés, les autres le sont aussi. En temps habituel, lors des ordinations, il y a 400 prêtres présents. Cela ne sera pas possible le 27 juin. Les religieux, religieuses, les prêtres, ne pourront pas être là en nombre. Les familles seront réduites à la portion congrue. Oui, c’est un dépouillement, que d’autres vivent : les futurs mariés, ou ceux qui ont perdu des proches et n’ont pu assister à leurs obsèques…Tout le monde a vécu cela durant ce temps. Eux aussi le vivront durant leur ordination.

P. N.-D. – Le cœur du sacerdoce n’est-il pas de se remettre à la volonté de Dieu ? Face à la vie, face à l’adversité ?

M. A. – C’est ce que nous avons tous à faire. Certains ont préféré déplacer leur mariage car ils voulaient une fête de famille… Mais qu’est-ce qui est le plus important ? Pour les prêtres, c’est qu’ils soient ordonnés. Voilà sept ans qu’ils attendent ce moment. Si c’est l’occasion d’une grande fête, tant mieux. Mais si ce n’est pas possible, tant pis. L’important est de recevoir cette grâce de Dieu puis d’en vivre dès maintenant. Dès cet été, ils pourront célébrer la messe pour le peuple de Dieu. C’est ce qui nous est donné de vivre, de manière un peu austère cette année.

P. N.-D. – Quels conseils le prêtre que vous êtes peut donner à ces jeunes hommes dans une période qui n’est pas portée au don de soi ? Et qui, souvent, comprend mal la radicalité de leur choix ?

M. A. – Justement, cette radicalité est un exemple dans un monde non radical, comme la fraternité est un exemple dans un monde individualiste… Nous sommes toujours un peu en décalage. Le Seigneur d’ailleurs nous avait prévenus : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde […] Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde » (Jn 17, 15-16). Dès le départ, nous savons que, comme consacrés, nous sommes en dissonance. Ce faisant, nous obligeons le monde à se poser des questions. À l’image du Christ lui-même, qui était en décalage avec ce qu’on attendait du Messie. Ce que nous avons à dire de l’Évangile nous met en décalage avec ce monde. Dans une société individualiste où règne le « chacun pour soi » ou l’entre-soi, la fraternité dépasse les frontières habituelles.

P. N.-D. – Mais n’est-ce pas une vertu d’avoir une voix à contre-courant ?

M. A. – Notre voix porte surtout parce qu’elle est à contre-courant. Si vous dites la même chose que tout le monde, personne ne vous écoute. Mais si vous êtes en décalage, sans l’avoir cherché et non par provocation, il est sûr qu’on vous regarde. On peut nous persécuter mais on nous regarde. L’impact est bien plus important. Si des gens se posent des questions à cause de nous, de notre façon de vivre, de notre façon d’être, cela veut dire qu’on est dans notre rôle. Mais il est vrai qu’il ne faut pas attendre de gratification de la part du monde. Et il est beau de se dire qu’on travaille pour que la grâce opère, sans espérer voir de nos yeux les résultats. « L’un sème, l’autre moissonne » dit le Seigneur (Jn 4, 37). Cette confiance totale s’appelle aussi la foi.

P. N.-D. – Vous avez été ordonné pour le diocèse de Paris il y a 25 ans. Quels conseils donner à ces futurs prêtres ?

M. A. – La première chose est de regarder, d’observer et d’admirer. C’est ce que je conseille aussi, non seulement à un jeune prêtre mais aussi à un nouveau curé ou à un nouvel évêque. Quand on arrive quelque part, on débarque avec ses idées, son passé, avec ses histoires et on voudrait parfois tout changer. Mais non. La première chose, c’est de regarder, d’admirer ce que le Seigneur a fait à travers ceux qui nous ont précédés. Et puis après un an ou deux, de mettre en place de nouvelles choses.

P. N.-D. – Comment définir aujourd’hui le sens du sacerdoce ?

M. A. – Il me semble que le sacerdoce est ce qui a toujours existé : il n’y a qu’un seul sacerdoce car il n’y a qu’un seul et unique grand prêtre, Jésus-Christ. Comme baptisés, nous participons au sacerdoce du Christ. Comme prêtre ministériel, on donne sa vie, ses mains, sa bouche, son être, son âme pour que le Christ s’empare de nous et puisse dire : ceci est mon Corps. Car ce n’est pas le prêtre qui le dit mais bien le Christ. Le sacerdoce ministériel est d’abord un abandon de sa personne, de sa volonté dans les mains de Dieu. Cela est vrai pour le sacerdoce des baptisés, mais pour le prêtre en particulier, il s’agit de laisser le Christ s’emparer de toute son existence. Durant la messe, lors du pardon ou de l’eucharistie, c’est le Christ qui pardonne et non moi, car qui suis-je, prêtre, pour pardonner quelqu’un ? C’est donc bien le Christ qui s’empare de nous, mais ces moments irriguent tout le reste de notre vie et marquent tout notre être d’un sceau sacré : le prêtre est marqué sur les mains, l’évêque est marqué sur la tête, signes du Christ dans ses différentes fonctions sacerdotales. Saint Paul disait : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). L’ordination nous change, nous dépossède de notre vie. Il y a bien des missions que je n’aurais pas choisies, mais je les ai acceptées en m’abandonnant à la volonté de Dieu, ce qui, paradoxalement, m’a donné une extraordinaire liberté.

P. N.-D. – Certains de ces futurs prêtres témoignent de la difficulté à répondre à l’appel de Dieu, puis de la grande paix qui suit cette acceptation.

M. A. – Renâcler est bon signe. Car il n’est pas naturel d’abandonner toute sa vie, des projets de mariage, une famille, tout ce qui est dans l’ordre des choses voulues par Dieu. Moïse, Jérémie, tous les grands prophètes ont renâclé. Parce que c’est un appel. On commence donc par refuser et après, on s’ajuste à cet appel. C’est cela qui est important. C’est cet ajustement à l’appel qui fait qu’on va trouver la paix et une joie profonde. Je peux témoigner de la joie que j’ai vécue, après m’être battu contre Dieu comme pas possible. Un jour, dans ma salle à manger, je me suis mis à genoux et j’ai dit à Dieu : « Que ta volonté soit faite. » Et je savais que c’était terminé. Ma vie ne m’appartenait plus. J’ai ressenti une joie incroyable, qui n’est pas la joie habituelle, celle qui dépend des événements extérieurs. Cette joie ne m’a pas quitté depuis.

Propos recueillis par Priscilia de Selve
Interview publiée dans Paris Notre-Dame du 11 juin 2020


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