Retraite d'Avent avec le Père Vincent Thiallier

Mardi 18 décembre : la fontaine, la source vive du salut

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Au cœur des villages provençaux, la fontaine est un lieu de sociabilité sur la place principale. C’est pourquoi elle est souvent présente dans les crèches. Mais cette eau jaillissante évoque aussi l’eau vive du salut, qui purifie tout sur son passage.

Le prophète Ezéchiel, dans la vision finale de son livre, est conduit jusqu’à la maison de Dieu, promesse de la restauration à venir de la cité sainte, figure du peuple de Dieu. Du seuil de la maison jaillit une source vive que le prophète longe, afin de constater combien son débit est abondant. « Cette eau coule vers la région de l’Orient, elle descend dans la vallée du Jourdain et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. […] Au bord du torrent sur les deux rives, toutes sortes d’arbres fruitiers pousseront ; leur feuillage ne flétrira pas et les fruits de manqueront pas […] car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture et les feuilles un remède » (Ezéchiel 47, 8-12).

La vision prophétique d’Ezéchiel s’accomplit dans le Christ. C’est lui le sanctuaire véritable (Jean 2, 2), de la blessure de son côté jaillit l’eau vive (Jean 19, 34). Le livre de l’Apocalypse reprend cette vision en faisant jaillir un fleuve depuis le trône de Dieu et de l’Agneau (Apocalypse 22, 1-2).

Que la contemplation de la naissance du Fils de Dieu nous rappelle notre propre naissance à la vie d’enfant de Dieu par le sacrement du baptême.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "This Endris Night". Chant anglais du 15ème siècle. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

Retraite d'Avent avec le Père Vincent Thiallier

Lundi 17 décembre : la grotte, de l’obscurité à la lumière

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Au long de ces deux semaines, nous avons déballé les santons qui seront disposés dans la crèche. Mais il convient aussi de placer le décor. Ce sont autant d’éléments de la création qui évoquent le salut que Dieu est venu apporter. Commençons par le lieu de la naissance, la grotte.

Saint Luc donne peu d’indications de lieu, sinon pour dire qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans la salle commune. C’est pourquoi Marie a couché le nouveau-né emmailloté dans une mangeoire (Luc 2, 6). La ville de Bethléem est construite sur des collines percées de nombreuses grottes. C’est dans l’une d’elle qu’on vénère encore le lieu de la naissance, sous la basilique de la Nativité. Cela convient avec la description de saint Luc, car des habitats semi-troglodytes pouvaient exister au premier siècle. La partie enterrée de la maison offrant un refuge tempéré, plus calme que la salle principale, peut-être plus adapté pour l’enfantement.

Sur les icônes de la Nativité, l’enfant est représenté déposé dans une grotte obscure comme un tombeau. La grotte de la Nativité annonce le tombeau du samedi saint, car c’est bien pour affronter la mort que le Christ vient dans le monde. La Lettre aux Hébreux, place les mots du psaume 39 dans la bouche du Fils de Dieu : En entrant dans le monde, le Christ dit : « Tu n’as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps. […] Alors j’ai dit : 'Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le livre’ » (Lettre aux Hébreux 10, 5-6). En nous agenouillant devant le corps du petit enfant, nous nous disposons à vénérer le corps outragé de la Passion, avant de contempler le corps glorifié dans la Résurrection.

La grotte nous invite à reprendre la conclusion de l’Angélus : « Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur » .


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "This Endris Night". Chant anglais du 15ème siècle. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Samedi 15 décembre : le berger, figure royale

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Les bergers font partie des santons qui illustrent directement l’Évangile. Saint Luc en fait les premiers témoins de la Nativité. Ces bergers sont aussi les successeurs d’une longue lignée qui traverse l’histoire biblique. À Bethléem, il convient d’évoquer David. Celui qui devait devenir roi d’Israël gardait les troupeaux quand Samuel vient pour l’introniser : Alors Samuel dit à Jessé : « N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessé répondit :« Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau » […] Jessé le fit donc venir. Le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! » (1er livre de Samuel 16, 11-12).

L’analogie du roi et du berger est importante. En général, les bergers gardent des troupeaux pour d’autres propriétaires, comme le roi qui se voit confier le peuple par Dieu. Or, c’est précisément quand les rois d’Israël s’approprient le pouvoir que le peuple est en danger. Le prophète Jérémie le dit avec violence : Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : « Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien, je vais m’occuper de vous, à cause de votre malice et de vos actes – oracle du Seigneur. »

Mais Dieu poursuit par la bouche du prophète : « Je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leurs enclos, elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront, elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue - oracle du Seigneur ! » (Jérémie 23, 1-4).

Avec le santon du berger, venons adorer le Seigneur et reconnaître en lui le descendant de David, l’unique et vrai pasteur : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger qui donne sa vie pour ses brebis » dit Jésus (Jean 10, 11).


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "O Tannenbaum" (Mon beau sapin). Auteur/compositeur : Ernst Anschütz (1780–1861) à partir d'une mélodie populaire. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Vendredi 14 décembre : le meunier et le vigneron, le travail de l’homme

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Une grande diversité de métiers agricoles est figurée par les santons. Ils sont représentatifs de l’économie rurale du monde méditerranéen. Le meunier et le vigneron sont particulièrement significatifs car ils participent à l’élaboration des éléments de base de la nourriture quotidienne à travers les siècles.

Ils évoquent ainsi la dignité du travail, par lequel l’homme s’associe à l’œuvre du Créateur. Cette dignité est encore renforcée par la place du pain et du vin dans liturgie. Dans la Pâque juive, ce sont des éléments du repas pris en toute hâte avant la sortie d’Égypte. Au cours de la célébration de cette fête, le Seigneur institue l’Eucharistie avec le pain et le vin, signe de son corps livré sur la croix.

En déposant ces santons dans la crèche, nous pouvons demander à Dieu de bénir le travail des hommes comme le fait le prêtre au moment de l’offertoire : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, nous te le présentons : il deviendra le pain de la vie », de même sur le vin. À travers ces santons, l’offrande de l’Eucharistie est déjà présente à la crèche dans la ville de Bethléem dont le nom signifie la maison du pain.

Que ces deux santons nous permettent de percevoir combien tout travail humain est une collaboration à l’œuvre de Dieu. Qu’ils nous conduisent à l’offrande de notre travail au cours de la messe.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "O Tannenbaum" (Mon beau sapin). Auteur/compositeur : Ernst Anschütz (1780–1861) à partir d'une mélodie populaire. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Jeudi 13 décembre : le curé, un adorateur parmi les autres

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Le curé est une autre figure anachronique parmi les santons. Complémentaire du maire, il est le représentant de l’autorité spirituelle dans ce village provençal idéalisé.

La présence de ce santon au milieu des habitants du village rappelle que le lieu où la présence du Christ est actuelle, ce sont les sacrements, et particulièrement celui de l’Eucharistie. Si on s’éloigne de la Provence, on découvre une autre tradition dans la représentation de la crèche dans le sud de la Pologne, à Cracovie. La nativité y est représentée dans le cadre d’une église colorée, un prêtre, célébrant la messe au-dessus de la scène de la naissance.

Le corps de l’enfant que la Vierge a mise au monde conduit au corps du Christ offert dans le sacrement de l’Eucharistie : « Ceci est mon corps, donné pour vous, vous ferez cela en mémoire de moi » (Luc 22, 19). Lorsque nous participons à la messe, nous sommes aussi proches du Christ que l’étaient la Vierge Marie, Joseph, les bergers et les mages.

Dans sa version provençale, le santon du curé avance avec les autres. Il n’est pas seulement celui qui donne le corps du Christ, mais aussi celui qui vient adorer parmi les habitants du village.

En déposant ce santon dans la crèche, demandons à Dieu d’accorder des vocations sacerdotales, pour qu’il soit toujours présent dans son Église.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "O Tannenbaum" (Mon beau sapin). Auteur/compositeur : Ernst Anschütz (1780–1861) à partir d'une mélodie populaire. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Mercredi 12 décembre : le maire, figure de l’autorité reçue de Dieu

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Voici une figure emblématique du village. Le maire représente la gestion de la commune et la délégation de la puissance publique. Il est assez significatif qu’à travers les débats sur la laïcité qui ont parcouru la société française des deux siècles précédents, le santon du maire soit demeuré dans la crèche. Revêtu de son écharpe tricolore, on ne sait s’il conduit ou s’il suit ses concitoyens.

Naturellement, ce santon est parfaitement anachronique : il n’y avait pas de maire à Bethléem au premier siècle. Mais il manifeste l’actualité du salut. Si Dieu s’est fait homme il y a deux-mille ans, c’est pour aller au-devant de tous en tout temps. Le maire représente l’ensemble du village sur le plan temporel, social et économique.

Représentant de l’autorité civile, il indique la manière dont Jésus se présente devant elle. Au moment de la Passion, Jésus définit sa puissance devant Pilate en affirmant que son royaume n’est pas de ce monde (Jean 18, 36). Il légitime ainsi l’existence d’un pouvoir civil. Mais s’il se soumet à l’autorité de Pilate, il rappelle d’où elle vient : « tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en-haut » (Jean 19, 11). C’est pourquoi Saint Paul exhorte les Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont en dépendance de Dieu, si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire à soit le jugement » (Romains 13, 1-2). Il invite par ailleurs à prier pour les autorités : « J’encourage avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité » (1ère Lettre à Timothée 2, 1-2).

Installer le santon du maire dans la crèche nous invite à prier pour ceux qui exercent l’autorité.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "O Tannenbaum" (Mon beau sapin). Auteur/compositeur : Ernst Anschütz (1780–1861) à partir d'une mélodie populaire. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Mardi 11 décembre : le boumian, figure de l’étranger

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Loin d’évoquer avec nostalgie un monde du passé idéalisé, la crèche provençale intègre les différents aspects de la société, dans sa diversité et la violence qui présidait parfois aux relations. Le santon du boumian en est le signe. S’il est une figure familière d’un village du XIXe siècle, il est aussi le symbole des confrontations parfois brutales dans cette société. Il est le signe de la différence, le nomade, face aux habitants sédentaires, il est aussi celui qu’on rend responsables des vols, à tort ou à raison.

Et pourtant, il se trouve associé aux autres dans la cohorte des villageois qui vont adorer le Seigneur. C’est là une image du peuple saint. Loin d’être un ensemble uniforme, c’est un peuple rassemblé, convoqué par le Christ.

Figure de l’étranger, le boumian résonne aussi de multiples échos bibliques dans le peuple de Dieu qui fut lui-même immigré. Dieu le rappelle à son peuple lorsqu’il scelle l’alliance : « Tu n’opprimeras pas l’immigré : vous savez bien ce qu’est sa vie, car vous avez été, vous aussi, des immigrés au pays d’Égypte » (Ex 23, 10). Dans le Christ, ce qui sépare les hommes tombe, saint Paul l’écrit aux Éphésiens : « C’est lui, le Christ, qui est notre paix, des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine […] il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix » (Ep 2, 14.15).

Devant la crèche, tout homme est invité, mais une place particulière est réservée à celui qui n’est accueilli nulle part ailleurs. Que la figure du boumian nous stimule pour leur faire une place.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "O Tannenbaum" (Mon beau sapin). Auteur/compositeur : Ernst Anschütz (1780–1861) à partir d'une mélodie populaire. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Lundi 10 décembre : les santons de la vie quotidienne

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Les crèches provençales grouillent de personnages tirés de la vie quotidienne. Mais ils sont un peu datés, évoquant une sociabilité propre aux campagnes du XIXe siècle. Il serait regrettable de ne voir dans ces santons que des figures anecdotiques. S’ils ont été ainsi conçus, c’est pour permettre de comprendre que le mystère de la venue de Dieu en Jésus concerne toute l’humanité dans ses activités les plus quotidiennes.

Rappelons que le mot « santoun » en provençal signifie petit saint. Ces petits saints sont à notre image, des hommes et des femmes « ordinaires », qui interrompent leur activité pour venir adorer le Seigneur dans l’enfant de la crèche. Il est d’usage dans certaines familles, de faire en sorte que des santons viennent compléter la crèche quand de nouveaux membres apparaissent, au moment des naissances ou des mariages. Cela manifeste en quelque sorte le désir que la bénédiction divine puisse se répandre sur chacun des membres de la famille. Cette tradition manifeste bien la sainteté que l’on veut pour tout homme.

Au cours de cette semaine, nous nous arrêterons sur quelques santons classiques de la crèche, qui ont toutefois des résonances bibliques et contemporaines : le boumian, le maire, le curé, le meunier et le vigneron et le berger.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : "O Tannenbaum" (Mon beau sapin). Auteur/compositeur : Ernst Anschütz (1780–1861) à partir d'une mélodie populaire. Interprétation : Choeur U.S. Army Band "Pershing's Own". Source : Wikimedia Common

 

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Samedi 8 décembre : la Vierge Marie, l’Immaculée

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En évoquant le santon de Marie, en cette fête de l’Immaculée Conception, on contemple l’anticipation du projet divin.

Depuis longtemps, l’Église célèbre le 8 décembre la conception de Marie, neuf mois avant sa nativité le 8 septembre. Cette fête a revêtu une solennité singulière avec la définition dogmatique de cette conception immaculée (1854). Que signifie ce dogme ?

L’Église affirme que Marie est conçue Immaculée car elle est préservée du péché originel. Elle est en quelque sorte la nouvelle Ève. Dans la même innocence et la même liberté que le couple originel, elle peut accomplir l’œuvre de Dieu ou non. Mais pour être ainsi conçue, alors que la création est déjà marquée par le péché, elle bénéficie d’un privilège qui anticipe les mérites de son Fils, lui qui sauve toute l’humanité sur la croix.

Ainsi Marie est l’image de l’humanité sauvée par Jésus. Déposer le santon de Marie dans la crèche, c’est contempler la sainteté que Dieu veut pour toute l’humanité qu’il vient sauver. Souvent, son santon est représenté à genoux. Dans son humilité, Marie reçoit déjà tout de son Fils avant même sa venue. Elle nous invite à nous mettre en sa présence pour tout recevoir de lui nous aussi.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : Stille Nacht, heilige Nacht (Douce nuit, sainte nuit) composé par Franz Xaver Gruber (paroles de Joseph Mohr), interprété par Ernestine Schumann-Heink (1861-1936). Source : Wikimedia Commons.

 

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Vendredi 7 décembre : saint Joseph, le témoin silencieux

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Si le santon de saint Joseph est en général placé dans nos crèches à proximité de la mangeoire qui accueille l’enfant Jésus, dans les représentations anciennes de la Nativité il occupe une place singulière, en retrait, se détournant de la scène principale, dans une attitude pensive, voir un peu mélancolique.

Cet effacement est déjà présent dans le récit de saint Matthieu. Même s’il joue un rôle important, Joseph y est absolument silencieux. Les interventions divines le concernant sont toujours sous la forme des songes, qu’il s’agisse de l’annonce de la naissance (Mt 1, 20), ou la fuite en Egypte (Mt 2, 13). Enfin, quand les mages viennent adorer, c’est bien devant la mère et l’enfant qu’ils viennent se prosterner (Mt 2, 11), saint Joseph n’est pas mentionné.

C’est pourquoi jusqu’au Moyen Age, les représentations mettent peu en valeur la figure de saint Joseph. Il s’efface devant le mystère qui s’accomplit dans l’Incarnation du Verbe. Il s’efface devant la paternité de Dieu, le seul Père de Jésus. Il s’efface devant Marie, la mère de Dieu.

Pourtant, même en retrait, saint Joseph agit. Saint Matthieu le qualifie de « juste » (Mt 1, 19), ce qu’il montre dans ses actes. Il accomplit scrupuleusement ce que l’ange lui indique en songe. Sa réponse au projet divin ne passe pas par la parole mais en action et en vérité. S’il ne joue que le rôle de père adoptif, il est vraiment le père, et c’est lui aussi qui donne son nom à l’enfant (Mt 1, 25).

Ainsi saint Joseph est le personnage essentiel sans qui l’événement de l’Incarnation ne pouvait advenir, mais il agit en coulisse, prenant Marie chez lui, protégeant l’enfant. Que son témoignage muet nous invite à préparer la venue du sauveur sans précipitation, mais dans la joie d’accomplir à notre place l’œuvre de Dieu.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : Stille Nacht, heilige Nacht (Douce nuit, sainte nuit) composé par Franz Xaver Gruber (paroles de Joseph Mohr), interprété par Ernestine Schumann-Heink (1861-1936). Source : Wikimedia Commons.

 

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Jeudi 6 décembre : l’ange, le messager

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L’ange est à la fois le messager de Dieu, et la créature spirituelle qui chante la gloire de Dieu dans une liturgie céleste. Dans l’évangile selon saint Luc, un ange joue le rôle du messager auprès des bergers qui gardent leurs troupeaux autour de Bethléem (Luc 2, 9). Mais immédiatement après son annonce, il est entouré d’une multitude qui louent Dieu (Luc 2, 13).

Dans la pastorale des santons de Provence, l’ange messager reçoit un nom, il s’appelle Boufareu, c’est lui qui raconte l’histoire de la Nativité. Ange jovial, il se décrit lui-même avec les joues rebondies car, ce soir-là, il a dû jouer de la trompette plus que jamais pour proclamer les hauts faits de Dieu.

Cet ange imaginaire rappelle que les anges établissent un lien entre la terre et le ciel, et manifestent la présence de Dieu. Déjà le patriarche Jacob avait vu dans un songe les anges de Dieu comme le lien entre la terre et le ciel : « Voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et les anges de Dieu montaient et descendaient » (Gn 28, 12). Jésus reprend cette image face à Nathanaël « Amen, amen je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme » (Jean 1, 51).

Dans la fête de Noël, nous célébrons ce lien que Dieu lui-même établit entre le ciel et la terre. Autour de l’enfant, toute la création est rassemblée, visible et invisible. En plaçant le santon de l’ange dans notre crèche, nous manifestons que celui dont on prépare la venue est revêtu de la gloire de Dieu. Lorsque nous chantons le « Gloria » dans la nuit de Noël, nous nous associons à la voix des anges, en reconnaissant le don que Dieu nous fait dans son Fils.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : Stille Nacht, heilige Nacht (Douce nuit, sainte nuit) composé par Franz Xaver Gruber (paroles de Joseph Mohr), interprété par Ernestine Schumann-Heink (1861-1936). Source : Wikimedia Commons.

 

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Mercredi 5 décembre : le ravi, ou la grâce de l’émerveillement

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Parmi les santons, les crèches provençales ont perpétué le personnage du « ravi ». Dans les pastorales, il apparaît comme le simple d’esprit, disons même l’idiot du village, qui s’émerveille un peu naïvement des évènements prodigieux de la nuit de Noël. Cependant, cette capacité d’émerveillement le rapproche des « petits » que Jésus honore dans sa prière : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. […] Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » (Luc 10, 21.23). Représenté debout, les bras largement ouverts vers le ciel, le ravi évoque les représentations d’orants, qui remontent aux débuts du christianisme.

La sainteté du Ravi repose uniquement sur sa capacité d’étonnement. Deux attitudes s’y opposent : celle des blasés, qui pensent avoir déjà tout vu, et celle des inquiets qui appréhendent l’inconnu. Les premiers sont ceux qui, s’appuyant sur leur science, ne peuvent saisir la nouveauté radicale de l’intervention divine Les seconds réagissent avec angoisse, parce que cette intervention ne correspond jamais tout à fait à leur pronostics. La connaissance qui aboutit à de tels résultats est vaine, car elle renferme sur soi. La contemplation divine suppose d’abord la capacité d’accueillir ce que Dieu transmet, comme des petits qui reconnaissent et s’émerveillent devant la grandeur de ce qui leur est accordé.

Que le « Ravi de la crèche » nous conduise à nous émerveiller devant l’événement prodigieux de la nuit de Noël, et aussi devant chaque intervention de Dieu dans une vie, qui ne se déroule jamais tout à fait selon nos plans.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : Stille Nacht, heilige Nacht (Douce nuit, sainte nuit) composé par Franz Xaver Gruber (paroles de Joseph Mohr), interprété par Ernestine Schumann-Heink (1861-1936). Source : Wikimedia Commons.

 

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Mardi 4 décembre : saint François d’Assise, l’inventeur

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Parmi les santons, on peut trouver saint François d’Assise. Il occupe une place singulière dans la crèche puisqu’il en fut l’inventeur : Alors que s’approchait la fête de Noël de 1223, les récits rapportent que saint François reconstitua la scène de la Nativité dans une grotte proche de la petite ville de Greccio. Les villageois tenaient la place des personnages de l’évangile. C’est à cette nuit de noël qu’on fait remonter l’usage des crèches dans les églises et les maisons.

Au-delà de l’anecdote, il convient de situer cet événement dans l’ensemble de la vie du saint, marquée par sa rencontre personnelle du Christ. Le jeune homme d’Assise, à l’imaginaire chevaleresque avait d’abord vécu l’épreuve de la maladie dans sa propre chair. À partir de là, il s’est attaché au Seigneur plus qu’à ses rêves héroïques. Dans la petite chapelle Saint-Damien, le Seigneur s’est adressé personnellement à lui à travers l’image du crucifié. Le fondement de la vocation du saint, c’est la rencontre de Dieu fait homme. Par la mise en scène de la crèche, il veut permettre à tous de faire cette expérience de la proximité de Dieu en Jésus. Toute la vie du saint d’Assise est profondément évangélique, configurée au Christ, jusqu’à la stigmatisation sur le mont Averne.

Au début de sa lettre aux Colossiens, saint Paul formule cette prière : « Nous demandons à Dieu de vous combler de la pleine connaissance de sa volonté, en toute intelligence spirituelle. Ainsi votre conduite sera digne du Seigneur, et capable de lui plaire en toute chose ; par tout le bien que vous ferez, vous porterez du fruit et vous progresserez dans la vraie connaissance de Dieu. Vous serez fortifiés en tout par la puissance de sa gloire, qui vous donnera toute persévérance et patience » (Colossiens 1, 9-10). Cette prière de l’Apôtre s’est parfaitement réalisée en saint François, puisse-t-elle se réaliser aujourd’hui dans tous ceux qui se préparent à célébrer l’avènement du Seigneur.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : Stille Nacht, heilige Nacht (Douce nuit, sainte nuit) composé par Franz Xaver Gruber (paroles de Joseph Mohr), interprété par Ernestine Schumann-Heink (1861-1936). Source : Wikimedia Commons.

 

Retraite d'Avent avec le Père Vincent Thiallier

Lundi 3 décembre : Les « petits saints »

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Le mot santon vient du provençal « santoun », qui signifie petit saint. Ainsi, en préparant la crèche, nous nous rappelons que célébrer la Nativité du Seigneur, c’est déjà participer à sa sainteté. Saint Paul s’adresse ainsi aux chrétiens de Colosse (Colossiens 1, 12) : « Rendons grâce à Dieu le Père, Lui qui nous a donné d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. »

Ces versets marquent le début de l’hymne aux Colossiens dans laquelle l’Apôtre conduit à la contemplation de l’œuvre du Christ, venu de Dieu, « tête de l’Eglise ». Ainsi, comme membres de ce Corps, nous participons déjà à la sainteté de son chef. Non par nos mérites mais par la grâce que Dieu nous a faite dans le baptême. Que les santons, ces petits saints que nous allons disposer dans la crèche nous le rappellent.

Cette première semaine nous évoquerons les santons qui témoignent plus particulièrement de la sainteté de Dieu. Pendant la seconde, nous suivrons quelques personnages de la vie quotidienne. Enfin, nous disposerons le cadre de la crèche, ainsi tout sera disposé pour accueillir le Seigneur Jésus et le contempler.


Photo : © Diocèse de Paris

Musique : Stille Nacht, heilige Nacht (Douce nuit, sainte nuit) composé par Franz Xaver Gruber (paroles de Joseph Mohr), interprété par Ernestine Schumann-Heink (1861-1936). Source : Wikimedia Commons.

 

 

Thème : Entrer dans l'Avent avec les santons provençaux

Au moment de déballer les santons de la crèche, prenons le temps de méditer sur ce que leur présence peut signifier dans notre maison pour attendre la venue du Sauveur. Il est parfois d’usage, de commencer à installer la crèche dès l’entrée dans le temps de l’avent. Il faut alors ouvrir les boites en carton dans lesquelles les figurines ont été précautionneusement rangées l’année précédente, emballées individuellement dans du papier. Nous vous proposons, jour après jours de déballer quelques santons. Au-delà des anecdotes, nous verrons qu’elles nous aident à entrer dans le mystère que nous nous apprêtons à célébrer : la venue sur la terre du Fils unique de Dieu.


Père Vincent Thiallier

prêtre du diocèse de Paris
délégué aux vocations sacerdotales et religieuses
formateur au Séminaire de Paris.

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Recevez, en décembre 2018, près de 20 méditations audio sur ces thèmes :

1ère semaine : Attendre avec les saints

Lundi 3 déc. les « petits saints ».
Mar 4 déc. saint François d’Assise, l’inventeur.
Mer 5 déc. le ravi, ou la grâce de l’émerveillement.
Jeu 6 déc. l’ange, le messager.
Ven 7 déc. saint Joseph, le témoin silencieux.
Sam 8 déc. la Vierge Marie, l’immaculée.

2ème semaine : Attendre avec des personnages de la vie quotidienne

Lundi 10 déc. les santons de la vie quotidienne.
Mar 11 déc. le boumian.
Mer 12déc. le maire.
Jeu 13 déc. le curé.
Ven 14 déc. le meunier et le vigneron.
Sam 15 déc. le berger.

3ème semaine : Attendre avec toute la création

Lundi 17 déc. la grotte.
Mar 18 déc. la fontaine.
Mer 19 déc. les moutons.
Jeu 20 déc. le bœuf.
Ven 21 déc. l’âne.
Sam 22 déc. l’étoile.

4ème semaine : Accueillir l’enfant attendu

Lundi 24 déc. Le Seigneur.


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